« Nour El Din ne se faisait guère d'illusions;
il savait qu'ils étaient les plus forts. Cette
misère inaliénable, ce refus de participer au destin
du monde civilisé, recélaient une telle force que
nulle puissance terrestre n'en pouvait venir à bout.
» ... « Mais que lui importait maintenant. Il avait
décidé de donner sa démission et de vivre en
mendiant. Mendiant c'était facile;...mais orgueilleux ?...
Où trouverait-il de l'orgueil ? Il n'y avait plus en lui
qu'une infinie lassitude, un immense besoin de paix.
»
Mendiants et orgueilleux
« La multitude humaine qui déambulait au rythme nonchalant d'une flânerie estivale sur les trottoirs défoncés de la cité millénaire d'Al Quahira, semblait s'accommoder avec sérénité, et même un certain cynisme, de la dégradation incessante et irréversible de l'environnement.» ... « Des hordes de migrants venues de toutes les provinces - nourries d'illusions insanes sur la prospérité d'une capitale changée en fourmilière - s'étaient agglutinés à la population autochtone et pratiquaient un nomadisme urbain d'un pittoresque désastreux. Dans cette ambiance sauvagement perturbée, des voitures fonçaient comme des engins sans conducteur et sans souci des feux de signalisation, transformant ainsi pour le piéton toute velléité de traverser la chaussée en un geste suicidaire.
» ... ... « Personne n'ignore que les pauvres sont capables de tout. Depuis des temps immémoriaux, c'était là le seul principe philosophique admis et cautionné par les classes possédantes. Pour Ossama ce principe outrageant procédait d'une imposture car, si les pauvres étaient capables de tout, ils seraient déjà riches à l'instar de leurs calomniateurs. D'où il découlait que, si les pauvres persistaient dans leur état, c'était tout simplement qu'ils ne savaient pas voler.
»
Les couleurs de l'infamie
« - Eh oui ! seule la faim déclenche les révoltes. Comment voulez-vous, si vous devez signer des traites pour acheter une voiture, faire la révolution ?...
»